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Livre : La joueuse de Go (Le Pays 19 Octobre 2001)


La vie est un jeu

Elle joue au go place des Mille Vents, dans une ville de Mandchourie. Il quitte Tokyo pour aller combattre dans l'armée. Un chapitre est consacré à la Chinoise, 16 ans, un autre au Japonais, à peine plus âgé. Les destins se croisent autour du damier. Ils jouent en silence, sans se connaître. Elle ignore qu'il combat les résistants, ses nouveaux amis, ses amours naissantes. La découverte des sens, de la guerre et de la mort, la violence des hivers et des hommes sont décrits dans une langue superbe et économe. Les courts chapitres taillent dans le réel en gardant la délicatesse des poèmes. La jeune Shan Sa (elle n'a que 29 ans) possède un art tout oriental de la métaphore : « Entre elle et moi, il y avait un fleuve que nous n'avions pas la force de traverser ». Ou encore : « Un silence, pareil à un plat de nouilles froides et sans sel, se répand sur le damier ». Comme le go, dit-elle, « le bonheur est un combat d'encerclement ». Le bonheur est aussi un enfermement dans la lecture de ce bijou, fortement recommandé à ceux qui avaient déjà été sous le charme du « Balzac et la petite tailleuse chinoise » de Dai Sije.

« La joueuse de go », Shan Sa, Grasset ; 343 p., 19,50 E (127,90 F).


H. de C.